La mise en place d’un marché commun des énergies renouvelables en Afrique de l’Ouest

Le 26 septembre 2018, à l’occasion du Bloomberg Global Business Forum de New York, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ont annoncé un projet de création d’une plateforme digitale réalisant des achats d’énergie. Cette plateforme, qui impliquera le Togo, le Niger, le Burkina Faso, le Gabon et le Bénin, devrait être lancée en juin 2019. L’initiative a également été évoquée par ces Etats dans le cadre de l’ISA (International Solar Alliance) lors du One Planet Summit, concernant l’énergie solaire.

Soutenu par l’association Terrawatt dans le cadre de son programme « Affordable Finance at Scale », le projet prendrait la forme d’un véritable marché commun, permettant sur le long terme de faire baisser les prix des énergies vertes et de favoriser les investissements étrangers[1]. Par là même, cette plateforme favorisera également la compétitivité du secteur des énergies renouvelables.

 

Une dépendance aux énergies fossiles encore prégnante

En effet, à l’heure actuelle, la pression démographique et économique accentue l’urgence d’améliorer l’exploitation des énergies renouvelables. Les coupures d’électricité en milieu urbain peuvent être sources de tensions sociales, tandis qu’en zone rurale, le très faible taux d’électrification freine la valorisation du potentiel agricole, en plus d’entraver l’accès à l’éducation.

Par ailleurs, le mix énergétique actuel en Afrique reste majoritairement dépendant des énergies fossiles, alors que le continent dispose d’un potentiel de production considérable notamment dans les domaines solaire et éolien. Pour autant, la transition des modes d’approvisionnement énergétique est en marche. La nouvelle augmentation des prix des énergies fossiles observée ces derniers mois a poussé plusieurs pays à enclencher une véritable « énergie verte ».

 

Une transition énergétique en cours

Ce changement est en particulier rendu possible par la baisse continue du coût des énergies renouvelables. Le projet de création d’une plateforme digitale d’échange des énergies renouvelables permettrait à terme d’atteindre ces objectifs, en créant un modèle d’affaires inclusif à travers la mise en place de partenariats public-privé selon une répartition équitable des bénéfices.

A terme, le futur marché commun pourrait alors permettre la réalisation de cette transition énergétique. Pour ce faire, les entreprises et investisseurs, aussi bien locaux qu’étrangers, devront ainsi s’adapter à ce nouveau mode d’échange. Selon Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie, il relève de l’intérêt des entreprises d’investir dans ce nouveau champ : « A l’avenir, les groupes gagnants seront ceux qui démontreront leur impact positif sur le réchauffement climatique »[2].

 

L’inclusion des acteurs privés

La mise en place d’une plateforme d’échange des énergies renouvelables en Afrique de l’Ouest permettra également de réglementer ce secteur afin d’en faire un marché de taille plus importante. Il s’agirait à terme de réaliser un véritable vecteur de croissance économique, dans lequel aussi bien le secteur public que le secteur privé seraient impliqués.

En effet, avec le développement d’un marché régional des énergies renouvelables, le secteur public pourrait davantage participer à la création de fonds souverains investissant dans les projets de production et levant de l’argent pour l’expansion des réseaux énergétiques. De la même façon, le secteur privé pourrait être sollicité dans le but de réaliser des expertises locales en accompagnant les développeurs et les banques dans leurs projets, et bien sûr par l’émergence d’investisseurs locaux spécialisés dans le secteur des énergies renouvelables[3].

 

La mise en place d’une coopération régionale

La création du marché commun en Europe a démontré que la mise en place d’un marché régional peut être facilitée par l’accès des tiers au réseau, principe selon lequel tout nouvel opérateur a la possibilité d’acheminer de l’énergie via le réseau de transport d’électricité à un tarif identique. Par ailleurs, l’ouverture à la concurrence des étapes de production et de distribution d’électricité permettrait d’ouvrir un peu plus le marché des énergies renouvelables, favorisant ainsi la compétitive du secteur. Or, de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest conservent le modèle d’une organisation en monopole verticalement intégrée[4]. Des dispositifs d’ouverture à la concurrence devront donc être nécessairement agencés afin de rendre efficiente la création de la plateforme.

En Afrique de l’Ouest, le marché régional des énergies renouvelables permettra aux pays déficitaires comme le Burkina Faso d’importer de l’électricité de pays excédentaires de la région[5]. Dans ce cadre, l’intérêt régional pourrait ne pas être en cohérence avec les préférences nationales. En effet, dépendre de l’électricité produite par un pays voisin est parfois perçu comme une atteinte à la souveraineté nationale. Si cette dépendance est plutôt mise en oeuvre dans un système de coopération bilatérale, efficace, régi selon des règles équitables, le marché commun des énergies renouvelables de l’Afrique en l’Ouest pourrait alors constituer une initiative novatrice et effective permettant d’améliorer les performances du secteur des énergies renouvelables de manière transfrontalière.

[1] « Bientôt un marché commun de l’énergie en Afrique ? », La Tribune, 9 novembre 2011

[2] « L’Afrique met en place un marché commun de l’énergie », Nicolas Stiel, Challenges, 27 septembre 2018

[3] « Les énergies renouvelables en Afrique ne sont pas une utopie » Charlotte Aubin-Kalaidjian, Le Monde Afrique, 13 janvier 2018

[4] « Wapp : un marché électrique ouest-africain prometteur », Sidy Diop, Jeune Afrique, 20 juillet 2018

[5] Ibid.

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